mercredi 20 mai 2015

Jean-Baptiste André Godin : un patron aux idées sociales innovantes

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Le champion du poêle en fonte était aussi un manager visionnaire. En plus d'un empire industriel, cet ex-ouvrier a en effet bâti un modèle social, le Familistère, inspiré des idées de Charles Fourier, et a été le précurseur des coopératives de production.

Les poêles Godin sont connus de tous. Ce n'est pas le cas, en revanche, de leur créateur, Jean-Baptiste André Godin. Ce patron audacieux du XIXe siècle était avant tout un praticien, c'est-à-dire un individu qui prend le risque de créer et d'agir sur le terrain. Des erreurs passées, celles des autres ou les siennes, il a su tirer des leçons pour innover, tant dans le domaine de la technique que dans celui du management. «Les idées, déclarait-il en 1884, ne reçoivent pas tout d'un coup leur application intégrale ; elles font leur chemin peu à peu et ce n'est qu'en les soumettant à l'examen et à la discussion qu'on ouvre la voie pour l'avenir.» Une posture et une méthode qui sont toujours d'actualité.
Godin naît en 1817 à Esquéhéries, dans le nord de la France. Sa famille connaît la pauvreté et toutes les difficultés propres à la condition ouvrière de l'époque. Il quitte l'école à 11 ans, après avoir acquis un savoir des plus rudimentaires : les bases de la lecture et quelques règles arithmétiques, qui lui permettent de rejoindre l'atelier paternel de serrurerie. Son instruction ne s'arrête pas là pour autant. Il suit des cours du soir jusqu'à 14 ans et achète des livres avec son argent de poche. A 17 ans, il effectue son Tour de France des Compagnons du devoir.
Il reprend le travail à la forge et a l'idée de remplacer la tôle par la fonte dans la fabrication d'appareils de chauffage et de cuisine. Il dépose son premier brevet en 1840. Le succès est au rendez-­vous et Godin fait rapi­dement fortune. Il crée alors son premier ate­lier de fonderie avec deux ouvriers. En 1846, il s'installe à Guise, en Picardie, où il emploie 32 personnes (à la fin du XIXe siècle, cette usine en comptera 1.200).
Conscient des conditions précaires de vie et de travail des ouvriers, cet humaniste veut cor­riger les effets néfastes de l'économie indus­trielle. Il entend ainsi utiliser sa fortune pour améliorer la vie de ses employés. Il s'inspire en cela du fouriérisme. Bien plus qu'une simple théorie de l'organisation du travail, ce courant proposait une véritable révolution sociale. Godin va d'ailleurs adhérer aux idéaux de la révolution de 1848, avec l'espoir de change­ments économiques et sociaux. Il s'engage en politique, mais ses espoirs sont déçus. Sa pro­fession de foi tient en peu de mots : «Mes seuls titres à la candidature sont ceux d'un travail­leur qui n'a vécu qu'au sein de la fabrique et de l'atelier, au milieu des sociétés d'ouvriers des principales villes de France ; d'un travailleur qui manque de ce prestige qui s'attache à la fortune et à la naissance ; d'un travailleur en­fin qui n'a d'autre titre connu que de s'être distingué dans le champ du travail.» Godin n'est pas élu cette fois-­là, mais la députation viendra plus tard.
Protection sociale et retraite à 60 ans
Dès les années 1850, il s'engage en faveur de diverses expériences qui ont lieu à l'étranger. Il soutient notamment le projet du polytechnicien et économiste Victor Consi­derant d'implanter au Texas une colonie fou­riériste dénommée Réunion. Mais il est mis à l'écart par ceux qui pilotent le projet depuis la France. Tous diplômés, ils méprisent les idées de l'entrepreneur, qui a pourtant une bonne expérience du terrain. Godin tire les leçons de cette mésaventure : «Je fis un retour sur moi­-même, et pris la ferme décision de ne plus at­tendre de personne le soin d'appliquer les es­sais de réformes sociales que je pourrais accomplir moi­-même.»
Dès lors, l'homme entend expérimenter directement une nouvelle organisation sociale au sein d'un lieu de vie et de travail qu'il bap­tise le Familistère. Il fait construire des loge­ments, des écoles, une piscine, un lavoir, un théâtre et une bibliothèque à proximité de l'usine de Guise. Les fonctionnalités de l'habi­tation collective sont soigneusement étudiées : aération de la cour et des appartements, diffu­sion de la lumière naturelle ou artificielle, eau courante... En 1878, 350 appartements sont loués aux familles des employés de l'usine. Les 1.200 habitants bénéficient d'un confort et d'une qualité de service alors inégalés dans le logement des classes populaires ou moyennes
Il met également en place pour ses salariés un système de protection sociale en cas de ma­ladie et d'accidents du travail, qui assure aussi une retraite aux plus de 60 ans. Pour lui, «avant de penser à faire participer les employés aux bénéfices, il faut leur assurer une position déscente et assurer leur lendemain et celui de leur famille». Le chef d'entreprise fait aussi preuve d'une grande modernité managériale en cher­chant à rallier les ouvriers à sa vision et aux objectifs de production. Ainsi, les méthodes de rémunération et de primes sont soumises à un vote. Le temps de travail quotidien est pla­fonné à dix heures (au lieu de douze à l'épo­que), et les salaires sont plus élevés qu'ailleurs. En cas de crise, ces derniers restent à niveau et Godin ne licencie que les auxiliaires. L'idée est de former et de fidéliser une main­-d'œuvre qualifiée et experte, capable de répondre aux objectifs tout en prenant part au processus d'innovation. Parallèlement, Godin s'évertue à faire connaître sa réalisation, en écrivant no­tamment dans Le Devoir, un journal qu'il a fondé. Malgré ses efforts, ses compatriotes se montrent relativement indifférents.­
Trois concepts : association, coopération, mutualisme
L'innovation chez Godin se poursuit quand il transfère l'outil de production à ses ou­vriers, qui deviennent ainsi sociétaires de leur entreprise. En 1880, l'industriel transforme l'entreprise en coopérative de production : les bénéfices sont utilisés pour financer les di­verses œuvres sociales, puis le reliquat est dis­tribué entre les ouvriers, proportionnellement au travail fourni pendant l'année.
L'entreprise est d'ailleurs leader sur son marché, avec un chiffre d'affaires de près de 4 millions de francs en 1880. Pour réussir cet exploit, l'entrepreneur a misé sur des maté­riaux innovants. La fonte permet de fabriquer de meilleurs appareils, tandis que l'émaillage les rend plus esthétiques... En 1884, plus de 180 brevets ont été déposés. Jean-­Baptiste André Godin a également su diversifier sa pro­duction. Spécialisé au début dans la fabrica­tion de poêles, il propose à cette époque tous les éléments d'une cuisine fonctionnelle...............
SUITE DE L'ARTICLE DANS "CAPITAL "  http://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=newssearch&cd=3&ved=0CCcQqQIoADAC&url=http%3A%2F%2Fwww.capital.fr%2Fcarriere-management%2Fpionniers-du-management%2Fjean-baptiste-andre-godin-un-patron-aux-idees-sociales-innovantes-1039423&ei=UpZcVbjaNor3UsubgJgG&usg=AFQjCNFDuHNnZcq9SOZlQvURjpahTH7WPQ&sig2=jllQrE5eJI09Mr4XxrpZlQ

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